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Amazon : lost in translation !

En février dernier, Amazon, un des géants de la vente par Internet, a dû retirer de très nombreux ouvrages de son catalogue en ligne. Pourtant, il ne s’agissait pas d’ouvrages immoraux, piratés voire pornographiques, mais bien de chefs-d’œuvre de la littérature mondiale. Comment alors expliquer une telle décision ? Simplement après s’être rendu compte, un peu tard, que tous les livres en question avaient été traduits par un certain M. Angelo, un mystérieux traducteur, dont les prouesses professionnelles pourraient être qualifiées de tristement médiocres.

Il faut dire que notre homme avait trouvé une faille dans le système qui lui permettait de s’improviser traducteur et d’en tirer profit à moindre frais… Zoom sur ce triste remake de Lost in Translation.

Mais comment diable le bougre opérait-il ? Il choisissait une œuvre ancienne, plutôt connue et dont les droits étaient tombés dans le domaine public et traduisait ensuite le texte en plusieurs langues (français, russe, espagnol, anglais ou même suédois). Ses limites étaient simplement celles de Google Translate, puisque c’est grâce à ce logiciel qu’il en obtenait les versions étrangères, en seulement quelques secondes.

Voici quelques lignes extraites du célèbre roman « L’île au trésor », écrit par Robert Louis Stevenson, traduites vers le français par M. Angelo ; appréciez plutôt ce charabia : « Je prends plume en l’an de grâce 17 -, et de refaire à l’époque où mon père tenait une auberge « amiral Benbow », et le vieux marin brun, avec un coup de sabre d’abord, pris son hébergement sous notre toit ».

Une fois sa « traduction » disponible gratuitement en quelques secondes, M. Angelo la téléchargeait sur Kindle Direct Publishing, le site d’auto-publication d’Amazon, qui joue ici le rôle d’éditeur.

Aucune vérification d’Amazon concernant ces livres, traduits en quelques secondes seulement…

M. Angelo recevait une commission sur la vente de chacun de ses « ouvrages ». Mais la supercherie n’aura duré qu’un temps car, alertée par des consommateurs/lecteurs furieux et de très nombreuses plaintes déposées ou demandes de remboursement, la société Amazon a décidé de lancer une enquête interne et ne tarda pas à cibler les ouvrages incriminés. Leur point commun ? Ils sont tous passés entre les mains, ou plutôt par l’ordinateur, d’un certain Angelo !

Depuis quelques mois, un sentiment de malaise gagne le monde de l’édition numérique car bien trop de traductions poubelles circulent sur la toile. Elles ciblent souvent des livres bon marché et s’adressent à une clientèle qui n’a pas ou peu accès à la culture.

Amazon, heureusement, a réagi par le biais de sa porte-parole, Brittany Turner : « Nous n’acceptons pas les ouvrages qui n’offrent que peu de retours positifs sur leur expérience client. Nous nous réservons donc le droit de déterminer si un livre peut continuer à être commercialisé ou bien s’il doit quitter notre catalogue », déclare-t-elle à l’AFP. Une déclaration qui laisse malgré tout perplexe, les livres de M. Angelo étaient commercialisés dans une collection à moins d’un euro. A ce prix-là, s’est-on dit chez Amazon, pas besoin d’en vérifier le contenu… Aujourd’hui, la firme fait machine arrière et prend une leçon de marketing : la qualité se teste, quel que soit le marché !